Interview Mme Ayolo suzanne

Interview de Madame AYOLO Suzanne, ancienne PCA de la conférence panafricaine coopérative

 

Lc : Parlez_nous de votre expérience en tant que manager des entreprises coopératives ?

Mme Ayolo : Je suis l’une des fondatrices de la Fédération des Femmes Rurales du Dja et Lobo (FFERUDJAL) un regroupement qui existe depuis 15 ans. En fait d’expertise, il faut déjà dire que je n’ai pas fait des études spécialisées dans le domaine coopératif. Donc, je me suis formée sur le tas. Toutefois, je me suis retrouvée en plein dans le mouvement coopératif à partir des activités de la FFERUDJAL. L’idée de créer cette association est partie de la volonté des femmes rurales de se mettre ensemble pour promouvoir leurs activités qui sont essentiellement agricoles et la coopérative est la formule associative la plus indiquée pour tous ceux qui veulent aller en affaires parce que créer une simple association n’est toujours synonyme de lutte contre la pauvreté. Cependant, la formule associative de la coopérative est assez contraignante parce qu’elle met autour d’une entreprise des gens qui veulent mettre leurs moyens en commun pour lutter contre la pauvreté. C’est un peu cela la logique fondatrice de la FFERUDJAL. Nous avons un ensemble de Groupes d’Initiatives Communes (GIC) regroupés autour des Unions qui sont à leur tour membres de la grande FFERUDJAL.

Dans ces GIC, les activités sont essentiellement agricoles. Les produisent des denrées telles la banane-plantain, le manioc, le macabo, les arachides ou le maïs. D’autres font dans les cultures de rente comme le palmier à huile et un peu aussi dans l’exploitation des produits forestiers non-ligneux. C’est autour de ces activités qu’il a été nécessaire de se mettre vraiment ensemble tant pour la production que pour la collecte et la commercialisation de ces produits.

Je suis PCA tant de la FFERUDJAL qui est l’unité de production que de la Coopérative d’Epargne et de Crédit que le femmes ont mis sur pied afin de résoudre leurs problèmes de financement des micro-projets. Nous essayons ainsi de les appuyer, les orienter dans les activités à travers un organe directeur, notre Bureau exécutif dont j’assiste le Coordonnateur dans l’accomplissement de ses missions.

Lc : Vous avez participé au processus d’élaboration de la loi N°92/006 du 14 août 1992 relative aux sociétés coopératives et aux groupes d’initiatives communes. Quelle innovation a apporté cette loi dans la configuration du secteur des Coop/Gic au Cameroun ?

Mme Ayolo : La nouvelle loi sur les Coop/Gic a apporté une réforme dans le mouvement étant donné que les coopératives d’antan étaient des coopératives dans lesquelles les membres se retrouvaient sans l’avoir voulu et intervenaient bon gré mal gré. Donc, ayant participé au processus d’élaboration de cette loi, notamment au niveau des enquêtes sur le terrain, j’ai compris que c’était la voie par excellence pour aller en affaires.

La loi 90/53 était un peu une loi fourre-tout où on retrouvait partis politiques, ONG, association proprement dite, etc. Il avait un peu de tout là dedans. Ce qui avait pour conséquence de ne pas réellement fédérer les gens. On ne se sentait pas vraiment concerné par les activités qu’on mettait dans ces regroupements. Il est vraiment qu’aujourd’hui encore ce n’est pas vraiment cela car nous faisons tous les jours l’expérience de regroupements dans lesquels les gens ne savent pas toujours ce qu’ils ont à faire, mais une demeure qu’il y’a une grande avancée qui est intervenue par la réforme de la loi sur les Coop/Gic.

Personnellement, je dois dire que j’ai été cooptée au niveau de ma province et plus précisément de mon département pour la vulgarisation de cette loi. Ce qui m’a permis de mieux la maîtriser et savoir comment amener les autres à y adhérer. Il faut dire que ce n’est pas une tâche facile de faire changer les mentalités aux gens. Et puisque c’est la meilleure voie, les populations commencent à s’y faire et aujourd’hui on peut dire que ça va. Cette expérience sur le terrain au Cameroun m’a beaucoup aidé dans ma progression au sein du mouvement, et plus particulièrement lorsque j’ai eu à en témoigné de l’expérience camerounaise au niveau de la Conférence Panafricaine Coopérative qui s’est réunit en 96 justement pour faire le point sur l’appui du BIT sur la réforme coopérative en Afrique.

Lc : Comment jugez-vous l’expérience camerounaise sur le plan continental ?

Mme Ayolo : Je peu dire que le Cameroun était parmi le premiers pays africains à adopter une loi sur les Coop/Gic. Par conséquent, le Cameroun a servi d’exemple à tous les autres Etats avec bien sûr l’appui du BIT.

Etant donné que tous les Etats au lendemain des indépendances avaient copté le mouvement coopératif comme étant l’outil essentiel pour développer nos différents pays, les africains se sont jusqu’aujourd’hui résolument engager dans le mouvement coopératif. C’est ce qui explique l’Etat camerounais, suivant sa logique avant-gardiste de développement, opte pour l’assainissement du secteur coopératif. Ce désengagement de l’Etat au profit des coopérateurs eux-mêmes au Cameroun a créé un effet de boomerang à travers l’Afrique. Au niveau panafricain, à travers la Conférence Panafricaine Coopérative, un document de lutte contre la pauvreté par l’entrepreneur de Coop/Gic a été adopté pour que les Etats en voie de développement comprennent que s’il faut promouvoir le mouvement associatif il n’y a que la coopérative qui est le plus indiqué pour amener les gens à lutter effectivement contre la pauvreté. Ce document a été vendu jusqu’au niveau de la Conférence Internationale du Travail à Genève. Beaucoup d’Etats s’engagent, même ceux qui ne sont pas membres de la Conférence Panafricaine Coopérative. Et avec l’adoption de ce plan décennal de lutte contre la pauvreté, les Etats africains sont véritablement entrain de s’engager, et pour ceux des pays qui ont déjà adopter une politique coopérative, cela va très rapidement. Le Cameroun est en bonne voie pour l’adoption de cette politique coopérative. Il y’a par exemple le Burkina Faso qui l’a déjà adopté et qui est très avancé dans les activités, le Bénin qui est le siège de la Conférence Panafricaine Coopérative et le Togo. Quand aux autres Etats tels le Mali, le Sénégal, la Côte-d’Ivoire aussi suivent le pas et l’Afrique du Sid qui ne vient que d’être informée de l’existence de notre plan d’action est entrain de vouloir rendre une vitesse de croisière. En somme, au niveau panafricain le mouvement coopératif est entrain d’être fortement lancé et nous croyons que s’il n’y a pas amalgame dans le cas Cameroun nous aussi nous pouvons beaucoup en bénéficier. Je parle d’amalgame dans ce sens que la nouvelle loi coopérative est une loi qui a été votée par l’Assemblée Nationale du Cameroun mais nous avons encore sur le terrain un méli-mélo de regroupements qui parfois semblent ne même pas maîtriser l’importance même du statut juridique. En choisissant une activité, on mène certes des activités d’appui, mais en tant coopérative ou GIC on s’engage vraiment à lutter contre la pauvreté. Et ce serait important que l’impulsion vienne d’en haut et de partout c'est-à-dire que tous les ministères qui interviennent dans la promotion du monde rural se mettent ensemble et conjuguent les mêmes efforts pour aider le petit paysan à savoir où aller, comment faire et quelle est la formule associative la plus indiquée pour ses activités.

Lc : Quelle est le secret pour une gestion réussie d’une entreprise coopérative ?

Mme Ayolo : Pour une gestion réussie de l’entreprise coopérative, les entrepreneurs du secteur coopératif doivent tout d’abord développer en eux-mêmes en tant qu’individu l’esprit coopératif. Lorsque nous nous engageons dans des coopératives nous y trouvons des principes. La coopérative a des principes sans lesquels elle ne saurait ressembler vraiment à une coopérative. Si ceux qui s’engagent à lutter contre la pauvreté, puisque en fait c’est cela, il est très important de cultiver en soi l’esprit coopératif. J’encourage tous ceux qui sont déjà dans le mouvement et tous qui aimeraient s’y engager à le faire avec aisance et avec fierté parce qu’en ce qui me concerne, si je pouvais sauter sur les toits et le crier à tue-tête pour vanter le mouvement coopératif, je n’hésiterais pas à le faire. Mais peut-être que ma voie est toute petite pour pouvoir conseiller, amener les gens à s’engager dans ce mouvement.

Lc : Vous parlez d’avoir l’esprit coopératif. Quel est-il ?

Mme Ayolo : Lorsqu’on s’engage dans un regroupement coopératif, il faut déjà comprendre qu’on va avec son prochain, on va pour apporter du sien, le mettre ensemble, travailler, c'est-à-dire participer à l’effort pour un profit qu’on aura par la suite à partager. C’est cela qui fait le mouvement coopératif. On se met ensemble autour d’une activité, on l’entretient afin de produire, de renter dans sa production, se la repartir afin que chacun en bénéficie. Ce que nous vivons n’est pas toujours cela. On a beaucoup de formules d’association, ou si voulez, les gens s’engagent peut-être pour attendre des dons, pour faire travailler les autres et n’arriver qu’au moment du partage des bénéfices. Ce n’est pas cela l’esprit coopératif. L’esprit coopératif voudrait vraiment qu’on fasse un don de soi, un don de ce dont on dispose, on le met en commun pour fructifier et maintenant se le partager pour que chacun puisse en tirer profit.

Lc : Dans un environnement encore si influencer par le système d’économie artisanale et traditionnelle, comment réussissez-vous à fédérer les femmes autour des idées nouvelles de la micro-finance moderne ?

Mme Ayolo : Je voudrais déjà reconnaître que ce n’est pas facile. Je suis à ma deuxième expérience. Nous avons en 97 commencer la première expérience qui a échoué justement parce qu’il y’en a qui ont cru que s’était une affaire autour de laquelle certains allaient s’enrichir et d’autres pas. Ce qui fait que vraiment ça n’a pas été facile.

Après ce premier échec j’ai dû reculer pour mieux sauter. Il a fallut que je bénéficie d’un voyage au Canada où j’ai pris part au dialogue sur la coopération Cameroun-Canada et aux termes des travaux de cet atelier, j’ai été invitée à visiter le Développement International Desjardins, Alphonse Desjardins c’est l’un des pionniers du mouvement coopératif mondial. J’ai demandé à me faire présenter leurs expériences dans le domaine de la micro-finance en Afrique et j’ai été très intéressée par celle qu’ils ont eu à expérimenter au Burkina Faso. C’est la formule caisse populaire à travers les caisses villageoises qui ont en leur sein des groupes de solidarité.

Retournée au Cameroun, j’en ai parlé à mes collègues du Conseil d’Administration de la Fédération, et ça commencé par mordre à ce niveau. L’expérience est tellement limpide que lorsque nous la présentons aux femmes rurales, c’est facile à comprendre et ça passe.

Lc : En quoi consiste-t-elle ?

Mme Ayolo : Elle consiste à regrouper les femmes autour de la caisse villageoise qui est un regroupement de femmes. Elles peuvent être au nombre de 100, 20, 10, 15 ou de 30, mais l’essentiel c’est de pouvoir former d’autres petits groupes que nous appelons des groupes de solidarité à l’intérieur de la caisse villageoise. C'est-à-dire que 4 à 6 femmes se mettent ensemble pour se soutenir tant pour l’épargne que pour l’octroi de petits crédits… Vous n’allez pas me demander de vous donner tout mon projet. Rires.

Lc : Mme Ayolo a-t-elle des projets pour le Cameroun dans le monde coopératif ?

Mme Ayolo : Avoir des projets pour le Cameroun serait trop dire. Tout simplement, je suis militante du monde coopératif et très disposée à aider quiconque veut s’engager dans le domaine, contribuer à la mesure de mes possibilités à toute action menée dans le sens de la promotion du mouvement coopératif au Cameroun. Mais je sais que le Cameroun est très engagé puisque nous avons adopté le plan d’action décennal de lutte contre la pauvreté par l’entrepreneurship coopératif en Afrique qui a été présenté ici même au Cameroun. A cette occasion, le Chef de l’Etat, S.E.M. Paul Biya a été élu par tous les coopérateurs africains comme parrain de ce plan d’action. Etant déjà sortie de la présidence de la Conférence Panafricaine Coopérative, je reste toujours attentive à tout ce qui se passe dans ce domaine. Et si vraiment je suis sollicitée quelque part, je n’hésiterais pas à apporter ma contribution.

Lc : Quelle est votre vision de la coopérative en Afrique en général, et au Cameroun en particulier ?

Mme Ayolo : Ma vision de l’avenir du mouvement au Cameroun d’abord est bonne, mais je me dis qu’il est important que nous dégagions vraiment tout nuage qui tend à obscurcir ce mouvement dans notre pays. Cela devrait partir d’abord de la volonté politique qui adopterait une bonne politique coopérative, la diffuser, mettre à la disposition du coopérateur tout ce qui lui nécessaire pour réussir ses activités. Je crois que si cela est fait tel que le Chef de l’Etat le voudrait, puisque que c’est lui qui a inscrit le plaidoyer du plan d’action décennal de lutte contre la pauvreté à la Conférence Internationale du Travail de Genève en 2001-2002.

Propos recueillis par MBIDA ONAMBELE Max Zachée Saintclair

 

Paul AMOUGOU BALLA sur

Coopération gestion budgétaire Cameroun Yaoundé Interview.

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !